banque delubac - déclaration d'immatriculation

Immatriculation au tribunal de commerce – 1924

Au commencement était Maurice Delubac

 

De souche paysanne, il naît en 1893 à Saint-Etienne-de-Boulogne, petit village ardéchois proche d’Aubenas. Mobilisé en 1914, il termine la guerre comme lieutenant. De retour en Ardèche, les études que ses parents lui ont fait faire lui permettent d’entrer à Aubenas à la Banque Privée, une banque régionale qui a son siège social à Lyon et qui a été fondée par… la famille Privé.

Ayant un bureau au Cheylard, la banque est amenée en 1920-1921 à en confier la responsabilité à Maurice Delubac jusqu’au moment où la décision est prise de fermer ce guichet.

Ces quelques années passées au Cheylard lui ont permis de développer un solide réseau professionnel. Apprécié par ses relations, c’est à la demande et avec l’appui d’industriels locaux désireux d’avoir leur propre banque qu’il se décide à en créer une.

Rien de plus simple car, à l’époque, pour ouvrir une banque il suffit de s’inscrire au registre du commerce pour une telle activité ! C’est le 2 janvier 1924 qu’est créée la banque, en « affaire personnelle ». Forme juridique qu’elle conservera jusqu’en 1976.

Son premier siège social : une pièce au premier étage d’un petit immeuble de la ville dont le rez-de-chaussée est occupé par un café ! Deux ans plus tard, le jeune banquier a l’opportunité de s’installer dans des locaux plus spacieux situés à côté de la mairie, reconvertis ultérieurement en charcuterie puis en pâtisserie… La banque y restera jusqu’en 1946.

L’histoire locale au Cheylard est très marquée par l’industrialisation et le développement d’une activité essentielle au XIXe siècle : la tannerie. Aujourd’hui encore, Le Cheylard exporte dans le monde entier ses productions, dans les domaines du textile, des bijoux et de la mécanique de pointe.

Traverser les grandes crises

 

On le voit, rien n’est plus éloigné du bling bling et de l’argent fou que cette genèse bancaire patiente, modeste, populaire, destinée à une clientèle constituée pour l’essentiel d’industriels, d’artisans et de commerçants du Cheylard et de ses environs. Maurice Delubac fait beaucoup de banque de titre (placements, encaissements de coupons). Il est aussi agent général d’assurance pour le groupe l’Union, une très ancienne compagnie créée sous le règne de Charles X et qui donnera naissance à l’UAP puis au groupe AXA.

Il se diversifie, aime son métier, aime ses clients qui le lui rendent bien ; c’est un homme simple et toujours disponible. Sa devise ? « Il ne faut pas vivre au-dessus de ses moyens ni même selon ses moyens, mais en-dessous de ses moyens ». Expression du vieux bon sens paysan qui affleure et qui lui permettra d’échapper à la crise de 29 ! J’ai trois obsessions, se plaît-il à dire : « liquidité, liquidité, liquidité » ! Il ne se départira jamais de cette sagesse. Vive l’audace et l’innovation, mais foin des positions dangereuses et de la spéculation mortifère. Les fonds propres, c’est la vie et la liberté. Une conviction atavique et indéracinable au sein de la banque Delubac : la liquidité d’abord, la rentabilité ensuite.

La crise de 29 est passée, les liquidités sont restées. Las ! Dix ans plus tard survient une autre crise, d’une ampleur bien plus dramatique encore : la seconde Guerre Mondiale. En 1939, Maurice Delubac est à nouveau mobilisé. Il a quarante-six ans. Fait prisonnier à Dunkerque, il est envoyé en oflag (camp de prisonnier pour les officiers) en Pologne. Libéré, il rentre en 1941. Pendant son absence, son épouse a géré la banque avec deux employés et un réfugié belge qui avait travaillé dans le secteur bancaire.

De 1941 à 1946, Maurice Delubac fait construire, en dépit des conditions très difficiles de l’époque, un immeuble situé place Saléon Terras afin d’y installer à la fois les locaux de la banque et son domicile personnel. Au cours de cette période, et alors qu’il est violemment hostile au régime de Vichy et à sa réglementation bancaire (mise en place pendant son absence), il est amené à cacher un camarade de captivité juif et son fils. Ce dernier, Jean Samuel, et la fille de Maurice Delubac, sympathisent rapidement, et cette rencontre survenue dans des conditions dramatiques se termine de façon heureuse par un mariage.

banque delubac - mobilisation

1914 – Mobilisation à Paris

Il ne faut pas vivre au-dessus de ses moyens ni même selon ses moyens, mais en-dessous de ses moyens.

Expression du vieux bon sens paysan